Le cerveau, une machine à anticiper

Le cerveau, une machine à anticiper

l'aptitude d'anticiper au coeur du cerveau

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous partager quelques connaissances du fonctionnement de l’être humain. Mieux se connaître pour mieux utiliser nos ressources et éviter de se laisser piéger. Parlons de la capacité d’anticiper.

Notre cerveau est conçu pour prédire, anticiper, imaginer, calculer, apprendre. La difficulté commence pour lui, et donc pour nous, en période d’incertitude car notre cerveau a besoin de contrôle y compris sur la complexité et sur l’incertain.

Le cerveau est un formidable instrument. Capable de donner du sens, de trouver des raisons et des causes pour mettre de l’ordre dans nos pensées, il trouve de la cohérence dans ce qui nous arrive. De ce fait il a du mal avec le hasard. Qui n’a jamais tenté d’expliquer le hasard avec des raisons plus ou moins tirées par les cheveux ?

On parle de biais d’attribution rétrospectif chaque fois que nous sur-estimons rétrospectivement des événements anticipés. En effet, un événement paraît toujours plus prévisible et inévitable lorsqu’il s’est produit. Notre cerveau à tendance à reconstruire le passé pour le rendre cohérent avec ce que nous savons du présent.

De même, le cerveau trouve toujours une causalité aux événements. Ainsi il interprète l’intention de comportements constatés dans notre entourage qu’il soit professionnel, social ou familial. L’exemple classique consiste à interpréter l’absence d’un bonjour d’un collègue ou de son boss un matin. Forcément il y a un problème avec le mail que je lui ai adressé la veille, il m’en veut… Plus étonnant encore, en l’absence d’éclairage sur l’intention de l’autre, la cause intentionnelle que nous attribuons est le plus souvent négative voire malveillante plutôt qu’accidentelle ou juste le fruit du hasard. Ces attributions nous plongent dans un état loin d’être neutre vis-à-vis de l’autre avec au mieux une posture interrogative, au pire une attitude de méfiance ou même carrément agressive. Pas idéal lorsque les enjeux de transversalité et de collaboration sont aussi forts qu’aujourd’hui.

Un autre grand piège de cette capacité à anticiper est lié au biais de confirmation qui nous rend aveugle à certaines vérités ou point de vue et qui nous conforte vers un chemin déjà tout tracé. En effet avoir raison et arrêter de douter sont deux situations qui nous font le plus grand bien car elles libèrent de la dopamine et activent nos circuits de la récompense.

Chaque nouvelle information vient conforter notre conviction première et toute information contradictoire est minimisée voire tout simplement ignorée. D’une manière relativement arrogante nous avons tendance à croire en la supériorité de nos croyances.

Tant de décisions de dirigeants prises ainsi à priori et confortées par les informations collectées auprès de la garde rapprochée alors qu’il conviendrait de développer son esprit critique et une approche de questionnement neutre des évidences qui se présentent. En cela la diversité constitue une force si on sait l’exploiter comme une ressource de points de vue à réconcilier pour en tirer le meilleur parti.

Tant de comportements automatiques mis en place là où il faudrait faire appel à la réflexion et au cortex préfrontal. Une bonne illustration de cette réalité projective de notre cerveau se traduit également dans une forme de questionnement bien particulière dit projectif ou d’induction. En effet, ce type de questionnement consiste à formuler à la fois la question et la réponse. A l’opposé de l’écoute attentive et neutre, il s’agit de projeter ses propres pensées et d’anticiper ce que l’autre va répondre.  Plusieurs journalistes et commentateurs sportifs sont connus pour cette dérive par rapport à une interview neutre : Comment allez-vous après cette victoire, bien j’imagine ? Vous êtes arrivé deuxième, vous devez être déçu…

Reprenons du contrôle sur nos modes de fonctionnement et essayons de ne pas nous faire piéger par les différents biais cognitifs pour anticiper au mieux.

Pour ma part, récemment j’ai été piégée par une histoire lue sur les réseaux sociaux. Mon cerveau au fil de la lecture imaginait un scénario bien différent de la réalité. Alors voilà, tout démarre dans la queue du drive d’un fast food bien connu. Le conducteur en attendant lit tranquillement ses mails sur son smartphone laissant la voiture précédente avancer, il se fait klaxonner et insulter par la voiture derrière lui. Banal me direz-vous. A la caisse le premier conducteur demande à régler les deux commandes suivantes. Quand le propriétaire du véhicule suivant arrive à la caisse pour régler et que la caissière lui annonce que c’est déjà fait il ne comprend pas tout de suite comment autant d’agressivité peut induire une telle générosité. Seulement voilà quand il se retrouve au guichet suivant il se rend compte que sa commande a également été récupérée par le conducteur qu’il avait traité de tous les noms d’oiseaux. Moralité le conducteur impatient a dû recommencer toute la queue, quant au repas récupérer en plus, et bien il a été offert à un SDF qui était sur le chemin de ce conducteur plein de ruse et de malice. Une bien meilleure réponse à l’agressivité par de l’agressivité.

Et vous c’est quoi la dernière fois que vous vous êtes laissé piéger par votre cerveau ?

Inspirations : ma formation en cours de praticien BMO merci @ Guillaume Attias et mes lectures estivales Neuroleadership le cerveau face à la décision et au changement, James Teboul et Philippe Damier, page 169 et suivantes
 
Pour en savoir plus sur le biais d’attribution rétrospectif https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_rétrospectif
Et pour en savoir plus sur le fonctionnement du cerveau suivez les publications de BMO Brain Modus Operandi https://www.linkedin.com/company/bmo-brain-modus-operandi

Crédit Image Pete Linforth de Pixabay

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