Rester cohérent quoi qu’il arrive

Rester cohérent quoi qu’il arrive

difficulté de rester cohérent au quotidien

Chaque fois que nous sommes en conflit entre deux réalités, il nous est plus difficile de rester cohérent. Ainsi, pour le rester, nous cherchons soit à faire taire la preuve qui dérange soit à mettre en avant les aspects positifs du choix réalisé. En fait, une tension désagréable ou un sentiment diffus de malaise et d’inconfort qui apparaît. Car, perdre sa cohérence, est la pire des choses qui peut arriver à un être humain.

Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs 

Georges Clemenceau

C’est Léon Festinger qui est à l’origine de la théorie de la dissonance cognitive dans les années 60.

Pour illustrer ce concept regardons du côté des addictions, que ce soit à l’alcool ou à la cigarette.

Ainsi, donnez à un buveur les statistiques des ravages liés à une consommation excessive d’alcool. Vous pourrez constater qu’il cherche à minimiser la situation qui est la sienne. Il vous expliquera donc que c’est un alcoolique mondain ou bien vous le verrez dénigrer les statistiques « on peut faire dire tout et n’importe quoi à des chiffres ».

De même, la stratégie visant à indiquer sur les paquets de cigarettes que « fumer tue » crée une dissonance chez le fumeur. Il cherche alors à relativiser le danger et trouve des justifications à son comportement comme « cela m’aide à me détendre et m’empêche de prendre du poids ». On peut dire que l’on a tendance à modifier nos croyances et nos désirs pour qu’ils soient compatibles avec nos actes. En effet, tout l’enjeu est de diminuer à tout prix cette tension psychologique qu’est la dissonance cognitive.

Du point de vue fonctionnement du cerveau, chaque fois que nous avons des pensées avec lesquelles nous sommes d’accord cela génère du plaisir en libérant de la dopamine. A contrario, les pensées qui ne sont pas en ligne avec nos croyances génèrent une déconnexion des aires latérales du raisonnement (également appelé le cortex préfrontal dorsolatéral ou raisonneur). Cette faculté d’ignorer des informations permet de justifier les choix faits sans aucun état d’âme. C’est une sorte de mécanisme de défense.

Il est possible de court-circuiter ce phénomène chaque fois que l’engagement émotionnel est faible. Ainsi par exemple vous connaissez peut-être le test de Stroop. La consigne est simple : nommer la couleur qui s’affiche. Au début de l’expérience la couleur est écrite de la même couleur que celle qu’il faut nommer. Puis une incohérence se met en place entre ce que l’on lit et la couleur que l’on doit nommer : le mot rouge est écrit en bleu. Dans cette situation nous constatons que l’automatisme de lecture prime, il est plus difficile de rester cohérent. Il est toutefois possible de faire abstraction de l’écriture et stopper l’action consistant à lire. C’est également une question d’attention portée à l’exercice, mais cet aspect est développé dans un autre article.

A noter qu’un enfant de 3 ans fait l’exercice sans problème ne sachant pas lire. Je me suis beaucoup amusée à faire passer ce test en collectif. J’aime surtout ce moment où les personnes prennent conscience qu’elles se trompent. En une fraction de seconde, elles sourient puis se recalent avec la consigne consistant à ne pas lire mais juste dire la couleur.

Ainsi la dissonance cognitive est une théorie de l’aveuglement volontaire : nous nous voilons la face pour éviter de remettre en question nos comportements et/ou nos convictions.

Avec cette déconnexion du raisonneur, nous fermons ainsi, la porte de la prise de conscience. On peut également parler du déni des réalités qui nous dérangent ou non assumées. Le fait de rester cohérent passe alors au second plan.

Nous préférons ignorer certains arguments rationnels pour éviter la dissonance et continuer à nous sentir bien.

Intéressant le moment de prise de conscience qui fonctionne comme une révélation après avoir suivi une formation ou une séance de coaching. Plus rien ne pourra être comme avant.

Je me souviens notamment d’un manager que j’ai accompagné dans ce processus. Elle vivait l’accompagnement comme une sanction. En effet, le point de départ de cet accompagnement était une alerte RH. Une collaboratrice trouvait son management trop « dur ». Les premières séances étaient comme une lutte entre l’intérêt de travailler sur soi et la colère voire le sentiment d’injustice de devoir remettre en cause ses pratiques. J’ai même failli arrêter l’accompagnement. Le déclic s’est produit à ce moment là avec le fait d’assumer l’accompagnement auprès de son entourage. Tout d’un coup tout le cheminement réalisé en amont prenait son sens.

Sortir de l’aveuglement est un chemin d’humilité et de patience, de raisonnement et de verbalisation.

Et vous quel était votre dernier aveuglement volontaire ?

Cet article a été inspiré de mes lectures estivales Neuroleadership, James Teboul et Philippe Damier, pour en savoir plus pages voir pages 190-195 et de ma formation praticien BMO
Je vous recommande également l’article de Sebastian Dieguez sur la fable de la Fontaine Le renard et les raisins dans Cerveau & Psycho de juillet-août 2020

Crédit photo Andrea Piacquadio sur Pexels

1 Commentaire

  1. […] Son plus grand plaisir était alors de remonter son adversaire. Pour lui tout est dans le mental. Rester cohérent participe notamment au maintien du mental et de la confiance en […]

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