Se souvenir uniquement des belles choses ou de ce qui nous met en état de choc ?

Se souvenir uniquement des belles choses ou de ce qui nous met en état de choc ?

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Toute mémorisation est liée à un contexte émotionnel

Alors que tout le monde se souvient précisément de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001, la plupart des personnes n’ont pas de souvenir aussi précis de ce qu’elles faisaient le 11 septembre 2019 ni même le 11 septembre 2020 encore tout proche pourtant. En effet, bien que ce soit beaucoup plus récent, nous avons mémorisé précisément ce que nous étions en train de faire, avec qui nous étions. Ainsi, nous avons mémorisé de nombreuses informations car il s’agissait d’un choc voire d’un traumatisme pour notre système de représentations.

En tant que maman – et je pense plus globalement en tant que parent – on retient surtout le bonheur lié à la naissance de ses enfants grâce à l’énorme production d’hormones et la possibilité de prendre enfin son bébé dans ses bras. On oublie alors d’un coup les moments difficiles ou les éventuels obstacles qu’il a fallu surmonter.

Alors que penser des relations que ce soit une relation amoureuse ou une relation managériale ? Toute relation se teinte d’émotions, de ressentis. Plus l’intensité émotionnelle est forte plus le souvenir s’ancre.

Le souvenir d’un point de vue physiologique

Le souvenir est possible au travers de la synapse. Il semblerait que la myéline joue un rôle dans la vitesse de propagation des signaux. Pour autant on ne sait pas encore tout de ce qui fait que notre cerveau mémorise.

On sait pourtant que la mémoire agit en trois temps :

  • un encodage des informations via plusieurs neurones différents, d’abord,
  • un stockage dans la mémoire si l’événement est considéré comme suffisamment marquant,
  • un éventuel rappel de l’information stockée.

Car on dit « la mémoire » mais on devrait en fait parler des « mémoires ». En effet, on distingue au moins quatre types de mémoire :

  • de travail (court terme),
  • épisodique (les épisodes forts de la vie quotidienne),
  • sémantique (connaissances permanentes),
  • procédurale (permise par la répétition d’une même activité).

Quand la fiction devient réalité

La science avance et nous sommes proches de l’expérience imaginée par Michel Gondry dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind sorti le 6 octobre 2004. Il est donc possible d’effacer sélectivement du canevas de notre mémoire les souvenirs pesants ou d’y peindre la toile illusoire d’un faux souvenir. En tous cas… chez des souris !

Pourtant simplement effacer ses souvenirs quand on souffre d’une situation ne sera jamais la bonne approche. Il faudrait plutôt se mettre sur le côté, analyser la situation pour essayer de comprendre, tirer les leçons de ce que l’on a vécu pour changer son regard et surtout infléchir la trajectoire. C’est vrai dans la vie personnelle, c’est aussi vrai au travail.

Dans la vie personnelle on peut se faire aider par un thérapeute, dans la vie professionnelle on fait plutôt appel à un coach. Ainsi, cet accompagnement personnalisé permet de prendre du recul et d’envisager de nouvelles manières de faire.

« Je suis convaincue qu’il faudrait rendre le coaching plus facilement accessible, y compris, aux collaborateurs qui souhaitent réfléchir sur eux mêmes, sauf si le manager se sent capable de jouer ce rôle de manager-coach. »

J’ai ainsi accompagné une jeune collaboratrice qui voulait prendre les sujets avec plus de distance et mieux gérer ses réactions en situation de surcharge. Elle était déjà très mature malgré son jeune âge. Il est certain que cet accompagnement lui aura permis de travailler en profondeur sur elle-même.

Une autre jeune femme avait besoin d’aide pour réfléchir à ses capacités d’impact vis-à-vis de ses différents interlocuteurs. Elle a compris comment revisiter ses comportements dans les situations qui ne lui donnaient pas pleinement satisfaction.

Comment articuler mémorisation et management ?

A noter que deux individus dans une même situation ne retiennent pas forcément la même chose. Ainsi, la vision du manager et du collaborateur sur les événements marquants de l’année, risque d’être fort d’être différente.

C’est pourquoi il est recommandé aux managers de prendre des notes régulièrement en vue de l’entretien annuel d’évaluation et surtout de commencer par interroger le collaborateur sur son vécu de l’année écoulée afin de mesurer rapidement les éventuels écarts de perception et également de revenir sur les réussites telles que le collaborateur les a vécues.

Peut-être en aurez-vous oublié certaines, peut-être aurez-vous sous-estimé l’impact de quelques-unes, j’espère en tous cas que vous serez en mesure d’en ajouter que le collaborateur oubliées ou sous-estimées.

Attention, dès que la relation managériale se tend et que les difficultés relationnelles s’accumulent, un piège s’ouvre. Difficile de prendre du recul pour en revenir à la bienveillante neutralité surtout au moment de ce fameux entretien annuel qui comporte déjà une forme de tension de part et d’autre.

Parlons enfin de la multitude de plans d’actions individuels et collectifs, correctifs et préventifs… Bien entendu il n’est pas possible de les retenir tous alors forcément ils ne sont que peu suivis d’effets. Le dicton populaire « qui trop embrasse mal étreint » est une réalité dans bon nombre d’entreprises. Simplifier pour garantir la mémorisation. Trois semble d’expérience le chiffre magique que ce soit des objectifs, des contributions, des chantiers…

La mémoire est un muscle qui se travaille. Encore faut-il créer les conditions de mémorisation !

J’espère que cet article vous y aidera… au moins un peu.

Cet article est inspiré de mes lectures estivales Apprendre ! de Stanislas Dehaene voir page 138 et suivantes.
 
Pour tous ceux qui comme moi ont adoré le film de Michel Gondry, je vous recommande la lecture de l’article de Jean-Victor Blanc dans Cerveau & Psycho de juillet-août page 72 et suivantes avec un éclairage particulier sur les ruptures et les personnalités borderline.
 
A lire également dans Cerveau & Psycho de septembre La myéline substance clé de l’apprentissage pages 24 à 38

Crédit photo : Irin Anstasiu sur Pexels

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